GRAND NORD — Identités boréales

Durant trois mois, le Printemps culturel vous propose de mettre le cap au Nord! 

Avec l’arrivée de la belle saison, la vie culturelle neuchâteloise prendra un gigantesque bain polaire et revigorant. Dans tout le canton de Neuchâtel et en collaboration avec ses institutions partenaires, le Printemps culturel vous propose plus de 80 manifestations pour approfondir les thèmes liés au Grand Nord : la protection de l’environnement, l’assimilation forcée des minorités culturelles et leur volonté de préserver leur richesse. Une vaste région au cœur de l’actualité, qui évoque à la fois la beauté et la fragilité de notre planète. 

Après deux premières éditions consacrées à l’Iran et Sarajevo, le Printemps culturel fait à nouveau rayonner Neuchâtel grâce à l’engagement d’une multitude d’acteurs du monde académique, de la culture et de la société civile. Cet événement biennal est l’œuvre de Neuchâtelois-ses passionné­-e­-s de découvertes et d’ouverture.

Le comité du Printemps culturel
Jean Studer (président), Zahra Banisadr, Micheline Centlivres, Pierre Centlivres, Jacques Forster, Simone Forster, Janine Perret-Sgualdo, Loris Petris, Nathalie Randin von Allmen. 

© Philippe Geslin

© Philippe Geslin

Le Grand Nord

Le Grand Nord évoque des pay­sages gla­cés, infi­nis, aux étés éblouis­sants et aux hivers sombres, mais illu­mi­nés, cer­taines nuits, par les dra­pe­ries vertes des aurores boréales. Les espaces du Grand Nord se situent aux alen­tours du cercle polaire arc­tique (paral­lèle 66° de lati­tude nord). Huit pays appar­tiennent à cette iden­ti­té géo­gra­phique: Cana­da, Dane­mark (Groen­land), États-Unis (Alas­ka), Fin­lande, Nor­vège, Suède, Rus­sie, Islande. 

De nom­breux peuples, les «pre­mières nations» comme on les appelle au Qué­bec, vivent de longue date sur ces terres inhos­pi­ta­lières. Ils y ont déve­lop­pé une culture ori­gi­nale, riche de mythes, de contes et de légendes ain­si que des musiques ins­pi­rées par la soli­tude des êtres humains dans le silence des grands espaces. 

Il en va ain­si des chants de gorge et danses du tam­bour des cultures inuit et tchouktche (Rus­sie). Une tra­di­tion, sur­tout pra­ti­quée par les femmes, qui se trans­met de mère en fille. Ces sons gut­tu­raux et ces res­pi­ra­tions hale­tantes évoquent chez les Inuits la vie sur la ban­quise: le chiot apeu­ré devant l’igloo, le cri d’appel d’une ber­nache du Cana­da. Les peuples autoch­tones du Nord sculptent aus­si de grands totems de bois en Alas­ka, des ours, des phoques, des oiseaux dans l’os ou la pierre au Cana­da. Ils vivent de la pêche, de la chasse et, sou­vent, de l’élevage du renne. 

Ces modes de vie tra­di­tion­nels sont bous­cu­lés, dès le milieu du 20e siècle, par l’irruption de la moder­ni­té. S’ouvre alors une ère nou­velle avec l’exploitation des matières pre­mières (char­bon, pétrole), la séden­ta­ri­sa­tion sou­vent for­cée (Inuits du Qué­bec) et les essais nucléaires sovié­tiques dans l’archipel de la Nou­velle Zemble au large de la Sibé­rie. 

Les dérè­gle­ments cli­ma­tiques accé­lèrent le chan­ge­ment. La ban­quise com­mence à fondre. Ce phé­no­mène com­pro­met l’équilibre bio­lo­gique de cet éco­sys­tème et rend tou­jours plus dif­fi­cile la vie des popu­la­tions ain­si que des ours et des morses. Il ouvre aus­si de nou­velles pers­pec­tives d’exploitation des richesses du sous-sol polaire et de navi­ga­tion sur de nou­velles voies (pas­sages du Nord-Est et du Nord-Ouest). Ces chan­ge­ments ne manquent pas d’attiser les convoi­tises et de créer de nou­velles ten­sions entre les États. Enfin, avant la dis­pa­ri­tion des glaces, les tou­ristes se pressent sur les bateaux de croi­sière afin d’admirer la beau­té, à cou­per le souffle, des espaces arc­tiques.

Simone Forster
Membre du comité du Printemps culturel 

© Philippe Geslin

Une boussole! 

Quoi de plus actuel en ce Prin­temps cultu­rel neu­châ­te­lois qu’une prise de tem­pé­ra­ture du cli­mat dans l’hémisphère nord de notre globe? 

En met­tant le cap sur les iden­ti­tés boréales, c’est bien au cœur des enjeux humains et cli­ma­tiques essen­tiels à toute la pla­nète que le Prin­temps cultu­rel nous convie.

Face à la crois­sance des inéga­li­tés sociales et régio­nales, face à l’affaiblissement des soli­da­ri­tés entre les gens, les peuples et les socié­tés, le recours à une bous­sole pour retrou­ver le sens de la jus­tice sociale et celui d’un cli­mat hos­pi­ta­lier pour la digni­té humaine est urgent. 

C’est bien le nord, avec son fas­ci­nant magné­tisme, qui fait pivo­ter l’aiguille de la bous­sole pour nous orien­ter. Les mobi­li­sa­tions de la socié­té civile, des jeunes en par­ti­cu­lier, pour l’urgence cli­ma­tique et la soli­da­ri­té humaine voient ain­si loin et dans la bonne direc­tion.

L’esprit, la créa­ti­vi­té et l’engagement exem­plaire qui pré­valent par­mi les acteurs cultu­rels et artis­tiques autour de l’Association du Prin­temps cultu­rel donnent véri­ta­ble­ment espoir et sens au deve­nir de notre com­mu­nau­té humaine. La Ville de Neu­châ­tel se féli­cite de cette belle ini­tia­tive qu’elle sou­tient avec convic­tion. 

Thomas Facchinetti, Conseiller communal en charge de la culture, Ville de Neuchâtel

Le Grand Nord neuchâtelois? 

Cette année, le Prin­temps cultu­rel semble refu­ser le cycle des sai­sons en main­te­nant le cap sur les pay­sages ennei­gés du Grand Nord, sous «ce toit infi­ni du ciel et cet immense désert de glace […] pro­messes de liber­té» pour Ninioq qui m’a accom­pa­gné cet hiver dans Le Jour avant le len­de­main. Une plon­gée dans un monde fas­ci­nant, étrange, poé­tique qui nous ren­voie à nos habi­tudes, à nos modes de vie et nous fait dou­ter quant à nos uni­ver­saux sur la vie, la mort, l’amour ou la pos­ses­sion. 

Un voyage dans une com­mu­nau­té impré­gnée par un envi­ron­ne­ment extrême, aus­si hos­tile que fra­gile, ren­dant le lien, la cohé­sion sociale, essen­tiels. Une his­toire qui nous rap­proche peut-être de celle de nos ancêtres vivant dans nos rudes Mon­tagnes, déve­lop­pant une culture sin­gu­lière pour trom­per l’ennui et l’isolement dans l’attente de ce prin­temps… qui tarde par­fois à venir! 

Dans nos Mon­tagnes — à l’image du Grand Nord? — l’isolement a ain­si conduit à une culture propre et peut-être aus­si, para­doxa­le­ment ou non, à une ouver­ture par­ti­cu­lière à l’autre, aux idées nou­velles. Des fon­da­men­taux à l’origine du déve­lop­pe­ment et de la pros­pé­ri­té de notre ville. Des fon­da­men­taux que réveillent aus­si les diverses ren­contres du Prin­temps cultu­rel, plus que jamais néces­saires, à l’heure où les liens tendent à se déli­ter.

Théo Bregnard, Conseiller communal en charge de la culture, Ville de La Chaux-de-Fonds 

Le Grand Nord nous regarde 

«Le pay­sage morne, infi­ni­ment déso­lé, qui s’étendait jusqu’à l’horizon était au-delà de la tris­tesse humaine. Mais du fond de son effrayante soli­tude mon­tait un grand rire silen­cieux, plus ter­ri­fiant que le déses­poir — le rire tra­gique du Sphinx, le ric­tus gla­cial de l’hiver, la joie mau­vaise, féroce d’une puis­sance sans limites. Là, l’éternité, dans son immense et insai­sis­sable sagesse, se moquait de la vie et de ses vains efforts. Là s’étendait le Wild, le Wild sau­vage, gelé jusqu’aux entrailles, des terres du Grand Nord» 

Un court extrait de Croc-Blanc de Jack Lon­don pour nous faire sen­tir la puis­sance du Grand Nord, mais ce texte invite aus­si le Sphinx dans le pay­sage: répondre à une ques­tion ou dis­pa­raître. 

La 3e édi­tion du Prin­temps cultu­rel se pro­pose, au tra­vers d’un pro­gramme aux facettes mul­tiples, de nous faire rêver, de nous inter­pel­ler aus­si. 

Gageons que nous sau­rons ensemble répondre aux ques­tions que le Grand Nord nous adresse. 

Un mot enfin pour saluer la qua­li­té de l’engagement de toute l’équipe du Prin­temps cultu­rel et vous invi­ter toutes et tous à par­ti­ci­per à ce pré­cieux évè­ne­ment que sou­tient la com­mune de Val-de-Tra­vers. 

Christian Mermet, Conseiller communal en charge de la culture, Commune du Val-de-Travers